Des avant coureurs et concurrents

Ceux qui se sont aventurés, accourus, "concurrents", ont tous couru plus ou moins ensemble dans la même direction,
Avec gratitude pour tous les artistes inconnus ou connus dont les célébrations rituelles ont été exposées au regard du public ont été retenues pour illustrer la manifestation de ce nouvel art modeste, l'Étendage.
Art mineur, qui accompagne discrètement nos vies depuis longtemps avec le linge qui les protège, fait signe dans nos environnements, temoigne de nos accomplissements, suit nos humeurs, dévoile nos goûts, expose nos travers, confie nos pudeurs, partage nos ridicules, divulgue nos secrets presque à tous les vents, frétille impatiemment d'être emporté, ou balance doucement ses couleurs en prenant son temps dans la mémoire de nos plaisirs.

Yves Klein et ses bleus... mais a-t-il étendu l'art de l'étendage dans le cadre des musées?
Laisse Yves (Klein) qui a mis l’art dans de beaux draps, et nous a roulé comme des bleus en tachant de nous faire voir que du bleu :
depuis, ses oeuvres ont été cadrées et redressées, mais une toile encadrée, une forme d'étendage de toile à sécher à l'abri, un étendage infiltré ? Une extension de l'étendage, l'étendage étendu, une autre façon de voir..
Avec la corde à linge sans linge Duchamp, le ready-made dans le pré est au plus près du minimal-art dans la nature. N'y manquait qu'un marcel ? Non, toujours là, le Marcel... avec l'Art conceptuel (comme dans l’art abstrait de Malevitch, l'absent du carré blanc sur fond blanc ? )

Et des origines ?


Parmi les précécents, sur cette voie : Eugène Delacroix, "La liberté guidant le peuple"

Eugène Delacroix, Liberty Leading the People, 1830. Louvre Museum.
La Liberté guidant le peuple - Eugène Delacroix - Musée du Louvre Peintures RF 129 - après restauration 2024 - avec cadre

Sans se froisser d'impertinences sur ce monument de la peinture convoqué pour notre sujet, dans son propre cadre, encadrée dans le cadre approprié du Louvre, propriété de l'État, fini la liberté, plus d'épingles à linge pour étendre cette toile, plus de diatribe du vent ni même de chainette de cimaise pour la retenir dans cet espace clos limité, figé. Avec son bras droit, l'allégorie féminine (et pourquoi une femme ?) érige, étendard agité, le drapeau national ondoyant dans le vent pour rallier les hommes du peuple à sa suite. Son bras armé en retrait est protégé à son coté par l'allant et la pugnacité d'un jeune étant d'âge à se risquer. Elle est certes plus attirante à suivre, sa poitrine à l'air libre à découvert du drapé des plis d'une robe mue résolument par l'initiative, pour les entrainer à avancer au risque de leur vie par dessus l'amoncellement de blessés, moribonds et morts où ils risquent de tomber aussi. Mais... tout et tous restent-t-ils dans ce cadre ?
Avec la surprise de retrouver l'art conceptuel de l'étendage dans ce qui apporte la vie et l'espoir de la liberté .


Camille Pissaro , "Femme étendant du linge", huile sur toile, au musée d'Orsay,  et Joaquìn Sorolla et ses voiles,

C. Pissarro, Femme étendant du linge, musée d'Orsay
Joaquín Sorolla y Bastida - La vuelta de la pesca


John Sloan, 1871-1951 fixe et décrit précisément ce moment de plaisir partagé en gravure et en peinture, dans l'espace de liberté d'un dimanche, modeste mais précieux pour ces femmes sur une terrasse d'immeuble urbain, à sécher leur chevelure, l'une en robe blanche avec un étendage au vent sur une corde à linge proche
"Sunday, women drying their hair", huile sur toile des "Femmes séchant leurs cheveux un dimanche", existe en lithographie sur papier vergé, presque le même sujet "Sunday, women drying their hair"
et aussi "Night windows", une éclairante gravure de 1910 sur papier vergé, avec un étendage, (NGA search 1958.8.186 ,n°152,v/vRosenwald Collection 13.34x17;78 cm Catalogue raisonné Morse1969),
des œuvres présentes à l'Addison Gallery of Arts .

J.Sloan, Femmes séchant leurs cheveux sur la terrasse un dimanche
Sloan, summer night windows

Plus récemment, avec une curieuse homonymie, John Sloane a choisi de peindre dans plusieurs de ses tableaux bucoliques, naturalistes "On the wind" , "Summer breeze", "Catching the breeze", "Country life", "My favorite", "Country seasons", des maisons à la campagne avec des étendages, présents comme un thème récurrent.

Aspirant à l'oubli sans pour autant y parvenir, le « mât de Buren » à Marseille monté en 1989 avec ses 500 petits fanions vibrants bleus puis blancs et bleus à l’Escale Borely sur les plages du Prado, et usé peu à peu par le mistral jusqu’à sa destruction en 2007, demandée par l’artiste lui-même,
Extrait de La Provence : publié le 14/09/2015 à 05:19, par Sophie Manelli : "Un geste à 1,5 million d’€
à Marseille, certaines oeuvres ont suscité la polémique, comme le célèbre mât de Buren. Installé devant l'Escale Borely, il avait été offert en 1989 par Jack Lang pour célébrer le parcours de Fédérés. Un cadeau (de 100 000€) empoisonné, puisque très vite, le mistral et la pollution eurent raison du génie de l'artiste. Les 500 fanions ornementant le mât révolutionnaire se mirent en berne, déchirés, pendouillant lamentablement sur une structure rongée par la rouille. Plusieurs fois, la municipalité dut rafistoler, à ses frais, cette oeuvre maudite. Jusqu'à ce qu'en 2007, Daniel Buren lui-même décide qu'il ne pouvait plus la voir en peinture ! L'artiste a demandé à la Ville de la démonter et d'en faire ce que bon lui semblait... à condition de ne plus jamais l'exposer ! Du moins, le mât de Buren est-il resté dans les mémoires."

L'erreur est féconde si la cause est aperçue : le vent, l'air de rien, ne manque pas d'air, et souffle, où il veut, comme il veut, quand il veut.
Le vent dans l'histoire, qui anime, est aussi celui qui disperse, détruit, efface.

Pour avoir négligé la ténacité de l'insaisissable acteur auteur de la destruction de son œuvre, et la force même qui animait l'invisible perturbateur réputé imprévisible et fantasque, récidiviste inattendu aux caresses délicates bienvenues, aux déroutantes rafales épuisantes ou aux brutales bourrasques dévastatrices, les conséquences :
À l'étendage, l'exposition n'est que temporaire, mais elle se renouvelle ou se reproduit.



Des antécédents, précurseurs, avant-coureurs, sa gestation avant la reconnaissance de cette éclosion comme pratique artistique, partie affirmée du monde de l'art ? Voire même une valeur estimée esthétique et commerciale ?
S'apercevoir que ceux qui ont ressenti une émotion esthétique à ce spectacle au point d'en garder la trace et la partager se comptent par milliers, aide à discerner un art conceptuel qui s'y trouve et rassemble ces nombreux artistes hésitant peut-être à le distinguer.
À ce jour, plus de 4000 vidéos et séquences d'archives de linge etendu et de cordes à linge, signées, répertoriées, 34 674 images et photos (utilisables, libres de droits) sur le même thème, cataloguées et disponibles à l'achat, sans mention d'objet d'art ou d'art de l'étendage pour déjà publiées sur le net,
Egalement, la mémoire de la surprenante révolution des cordes à linge, "tira moli" sur l'île de Šolta, près de Split en Croatie, pour défendre l'esthétique des étendages et des cordes à linge profondément liée à celle des constructions historiques de la ville et à sa personnalité. Elle rappelle qu'il n'était pas même nécessaire de définir l'art conceptuel présent dans l'étendage pour le défendre, et braver des autorités qui voulaient en nettoyer la ville, aveugles à son importance esthétique patrimoniale rassurante sur la permanence de l'identité municipale pour la vie de ses habitants et ses visiteurs.

Une place aussi pour "La Grande Lessive"® crée en 2006 par Joelle Gonthier, avec un retentissement important et une démarche nouvelle intéressante de reconnaissance artistique avec le support partagé de l'étendage, pour encourager et diffuser la création collective, internationale, mémorable d'oeuvres fugaces (une expression protégée allusive à une libération révolutionnaire ?) ainsi exposée : "... un aperçu de sa course à travers le monde ces dernières années. Ces témoignages sont fragiles, souvent capturés à la volée, avec les moyens du bord. Ils tentent de saisir l’insaisissable : l’art participatif, la performance, un processus créatif, un projet coopératif … La difficulté est extrême et vous la mesurez. Ce qui fait « œuvre », ici, c’est avant tout le fait d’agir ensemble. Les photographies essaient de restituer cette dimension collective. Les textes, eux, permettent de comprendre les cheminements artistiques engagés à chaque édition." .
Engagé dans un autre chemin semble-t-il - l'étendage-art conceptuel - prend la dimension artistique de toutes les différentes collections textiles qui s'étendent à notre regard comme autant d'objets qui, même très modestes, n'en sont pas moins des objets d'art, dont la floraison régulière témoigne de pulsions vitales rebelles à la pétrification urbaine, et avec des relations étendues et des implications inattendues elles aussi.

Plus proches et nombreux sont ceux qui se sont aventurés par là,vers un art conceptuel partagé qui relie et rassemble beaucoup de sensibilités éparpillées.

 la vache

L'étendage présent presque invisible, au principe de la représention artistique de la Vache dans le tableau d'Helga Stenzel

D'ou vient l'idée que l'étendage est un art passé inaperçu comme tel jusqu'ici, même s'il a pu être utilisé comme moyen associé à des accumulations ou des installations les vêtements dans des oeuvres d'Arman ou de Christian Boltanski ou des amoncelllements d' ?
En 2025, la publication, et le choix d'une forme, sont décidés : un site web, forme des plus facilement accessibles, pour conserver la dimension animée, vivante de l'étendage. Le texte d'un livre serait insuffisant sans l'illustration par l'image animée des vidéos courtes sans aprêt qui aménageront les dimensions de cet art conceptuel où tant d'auteurs sont des artistes sans le savoir.
À l'origine, le questionnement du souvenir : pourquoi cet attrait durable du spectacle des draps étendus à sécher dans le vent, un attrait très souvent partagé, et aussi les réticences, plus rares, à étendre le linge à sécher au dehors, un dévoilement de choix personnels, avec la crainte du vol de linge, ou de son envol bien plus fréquent, Et après, le champ de contrainte de ces étalages, la temporanéïté, la nouveauté, la banalité, la variété, la discrétion, la couleur, la forme, la présence, l'animation, et ce qui attire l'attention et la curiosité.

L' art de l'étendage, la reconnaissance d'un art modeste venu aussi avec le temps des blue-jeans passés qui ont rendu valeur esthétique, et honorabilité au déjà porté, aux couleurs déjà modifiées par la vie, afficher la propre expérience dans les traces d'usage du tissu, délavé, étendu, détendu depuis longtemps à tous les vents et tous les soleils.
La reconnaissance de cette expérience a eu un tel succès qu'il a fallu même délaver, user et usager les jeans neufs.

Ainsi prêt à percevoir de l’art où il ne s’en voyait pas certainement encore, l'auteur créateur poursuit une voie "empreintée" (errant sans erreur, déjà une licence) avec des traces de patte de Duchamp, Fluxus, Ben, Klein, Agam, Calder, Soto, Morellet, Tinguely, Moles, et... le regard échangé.


L’Étendage à l'étendoir signe une nouvelle exposition offerte au regard de tous.